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| La guerre d'Algérie qui n'en est pas encore une. Les "évènements" comme l'on dit à ce moment-là... Une petite fille de 4 ans qui n'a rien demandé à personne se trouve mêlée malgré elle à cette histoire d'en France... |
…
Silence en peur. Mais tais-toi donc !
Chut ! Même pas mal...
Si j'ai mal !
S'il te plaît, rappelle-toi... 1962... rappelle-toi ! Ose le dire, ose l'écrire...
NON ! NON ! je ne peux pas...
Si si rappelle-toi... il y a prescription, tu ne crains plus rien à présent, personne ne peut plus t'enfermer.
Tu es grande, tu es forte, n'est-ce pas !?
Non je ne suis pas grande. Non je ne suis pas forte... Mais je n'ai plus peur. Enfin, je crois. Mais j'ai un peu peur quand même...
Janvier 1962.
Isabeille a quatre ans et deux mois... Les évènements font rages en France. Ca bouge tout le temps ! Il y a des armes, de drôle d'armes en forme de fusil et de pistolet et puis des grenades,aussi..
Comment le sait-elle !? parce que, elle les observe de près, de très près... Bien trop près pour une petite fille de quatre ans.
Son papa est béret rouge chez les paras. Ca elle le sait !
Extrait :
Parachutiste
(Paroles et Musique: Maxime Le Forestier 1971)
Tu avais juste dix-huit ans
Quand on t'a mis un béret rouge,
Quand on t'a dit : "Rentre dedans
Tout ce qui bouge."
C'est pas exprès qu' t'étais fasciste,
Parachutiste.
Alors, de combat en combat,
S'est formée ton intelligence.
Tu sais qu'il n'y a ici-bas
Que deux engeances :
Les gens bien et les terroristes,
Parachutiste...
Il fera l'Indochine, Dien Bien Phu au combat, il s'en rappellera avec plein d'obus en éclat dans la tête... il en parlera, un peu, parfois... Sur le tard. Mais où est-il pendant tout ce temps là !? Et tout ce qui est à venir...
Et puis, il y a la guerre d'Algérie. Enfin presque ! Ce n'est pas encore une guerre, ce sont "Les évènements", comme ils disent....
La maman d'Isabeille est infirmière. Elle part soigner des gens pendant qu'elle attend bien sagement. Dans la maison, il y a du va et vient souvent avec de drôles de gens.
Chut ! tais-toi donc...
Isabeille reste dans sa chambre sans faire de bruit, elle tient dans sa main un drôle de jouet en métal lourd avec des petites billes autour.
Le discours ambiant est à la révolte. Révoltant. L'après guerre ne suffit pas à calmer le jeu des tourments. Il y en a encore plein de conséquences dans la tête des gens. Ca tangue. La rancoeur a le mal de mer ... Ca fleure la haine en peau... Le maréchal Pétain a ses fidèles réunis au coin du feu, à la veillée des armes à feu. Il fait bons souvenirs de faits historiques, en cette belle France colonialiste qui aime à s'habiller de ses effets moralistes, au parfum d'intégrisme.
1962 ! Ca pourrait être l'année de tous les combats réunis. L'exploit aux "Cinq colonnes à la Une". 1962, l'année de tous les éclats de voix qui tonnent et détonnent en terre d'Algérie française. Pas si française que ça.
Vous êtes combien dans cette histoire d'en France, à assouvir cette haine ancestrale !?
Et moi dans tout ça ! qu'est-ce que je fais là !? Qu'est-ce que j'en sais de cette histoire de France !? J'ai quatre ans et...
Je suis là dans une danse de l'enfance, des mots s'élèvent dans le ciel et cherchent leur voie...
La famille s'accommode de ses idéaux. Les croyances sont des reines toutes puissantes et les certitudes sont pleines de conviction. C'est l'heure de ces racines qui s'abreuvent au puits de l'horreur et se saoûlent d'idées mal reçues. L'Algérie doit rester française... Et tous ceux qui s'opposeront à cet idéal mourront par les armes...
Il y a des déclarations qui font mal aux tripes de l'occupant, colon dans l'âme. Les accords d'Evian, après bien des négociations sont signés le 18 mars 1962... Pour certains, ces accords seront le déclencheur d'une haine viscérale contre le Général De Gaulle, grand responsable de la perte de l'Algérie française. L'organisation armée secrète, dites OAS, regroupe ses partisans dans son antre et les nourrit de sa voix, au son d'une Algérie française. Sur les murs apparaît le slogan : " L'Algérie est française et le restera ! "
Ces hommes prétendent s'opposer par la violence à l'application des accords d'Evian et en plus, veulent dissuader les Français d'Algérie de quitter le pays...
Dis maman ! Qu'est-ce que tu fais là !? Pourquoi ça bat la chamade en toi !? Pourquoi t'as mal au fond de toi ?
Le 22 août 1962 l'attentat. Quel attentat ? L'attentat quoi ! Charles De Gaulle est la cible. Un homme lève un journal... Trois hommes tirent à vue sur une DS au rond point du Petit Clamart...
Vous êtes trois et l'homme au journal. Toute la France est en émoi. Ca rue dans les brancards ! Les barrages de police s'étalent sur les routes de France...
La violence. Dans la voiture il fait chaud, très chaud. Les fenêtres sont ouvertes. Isabeille est assise à l'avant sur les genoux de... De qui !? C'est la femme qui conduit le véhicule, une dauphine blanche. Comment vont-ils faire pour passer le barrage !?
Les voitures passent une par une. Les coffres sont ouverts, les policiers se penchent pour regarder à l'intérieur des véhicules... La fouille est minutieuse, rien ne semble épargné...
Mais que ce passe t-il !? Qu'est-ce que je fais là !?
La femme se met à hurler de toute ses forces, elle interpelle les forces de l'ordre :
"- Aider-moi, ma fille est en train de mourir... vite aidez mon mari... il essaye de la sauver..."
Une petite fille assise sur les genoux d'un homme quelle ne connaît pas... Les doigts de celui-ci enfoncés dans sa gorge... Une petite fille en train de vomir ses tripes... Une petite fille qui hurle de douleur...
Une petite fille qui n'en peut plus d'être une petite fille...
Et un barrage de police à toute épreuve ouvre la voie...
Et les sirènes de police qui se déclenchent alarmantes...
Et des gentils messieurs qui vont aider la gentille maman, à emmener la petite fille aux urgences de l'hôpital le plus proche...
Et le gentil papa, attentif, la tête penchée sur son enfant, se voile la face...
Un gentil papa avec une petite fille mourante, qui court tout ce qu'il peut pour sauver son enfant...
C'est beau. C'est brave.
Chut ! même pas mal. Tais-toi !
Les jours qui suivent se ressemblent... Il pleut quelque part des gouttes amères d'une pluie diluvienne. Du plus loin qu'ils s'en souviennent les souvenirs font triste tête... La petite fille est malade, bien malade et le restera longtemps, en faisant semblant.
En attendant, il y a la traditionnelle promenade dominicale au bois de Verrière, après la messe. On amène un grand panier pour pique-niquer. Là, tout au fond du bois il y a la maison forestière, toute de bois vêtue. Les sifflets vont bon train. Un coup, attente, un coup, attente et encore... Au bout de trois, l'homme apparaît un fusil à la main.
Hé, mais c'est le papa qui m'a sauvé la vie ! Celui qui m'a fait mal...
Chut ! tais-toi donc...
Il te faudra longtemps, « Elle » pour que tu te rappelles...
Il te faudra attendre pour que tu te souviennes de ta désespérance, cette enfance.
Fin du début de l'essai... suite à venir...
Sara d'eau douce
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